
Cet article est paru originalement dans la revue Nutrition – Hiver 2026
Introduction
Les comportements alimentaires se développent dès les premières étapes de la vie. Ils sont notamment façonnés par l’environnement social dans lequel les jeunes grandissent. La famille, en particulier, joue un rôle central dans l’adoption d’habitudes et de comportements alimentaires sains, un processus qui dépasse le simple choix des aliments, englobant aussi les dynamiques des repas, le mode de vie, ainsi que les valeurs et les normes qui prédominent dans un milieu donné (1, 2). La manière dont une famille aborde l’alimentation, le poids et l’image corporelle influence les comportements alimentaires des enfants. En 2019, les troubles du comportement alimentaire touchaient environ 55 millions de personnes dans le monde (3). Les recherches longitudinales montrent que les taux de troubles alimentaires sont deux à trois fois plus élevés chez les enfants dont les parents ont eux-mêmes reçu un diagnostic de trouble alimentaire (4, 5). Or, à ce jour, la prévalence de ces enjeux est sous-estimée dans les enquêtes populationnelles, ce qui limite notre connaissance de l’ampleur du phénomène et pose des défis quant à la mise en place de stratégies préventives (6). De plus, les recherches portant sur la transmission intergénérationnelle comportent plusieurs lacunes sur le plan méthodologique (p. ex. : échantillons majoritairement féminins, hétérogénéité des mesures, disparités dans le dépistage en fonction du sexe/genre1 ou de l’ethnicité, etc. [9, 10]). Mieux comprendre les mécanismes susceptibles d’expliquer cette transmission intergénérationnelle, tout en explorant les différences liées au sexe/genre, est essentiel afin de cibler des facteurs de risque et de protection au sein des familles ainsi que des actions que les diététistes-nutritionnistes peuvent mettre en place (9-11). Une revue de littérature a été réalisée sur les bases de données SCOPUS, ProQuest, PubMed, PsycInfo et Google Scholar pour identifier des références pertinentes dans la littérature grise et scientifique.
1 Le terme « sexe/genre » est priorisé dans le cadre du présent article, à la lumière de la littérature scientifique récente sur ces questions (voir [7–9]). Le terme sexe/genre se veut un reflet du chevauchement entre les aspects biologiques et socialement construits du « sexe » et du « genre », ainsi que les multiples facettes de ce dernier (p. ex. identité, rôles, normes et relations de genre).
Objectifs d’apprentissage
Dans un premier temps, cet article propose une synthèse des connaissances au sujet de la transmission intergénérationnelle des comportements alimentaires. Dans un second temps, il propose des pistes de réflexion destinées aux nutritionnistes-diététistes qui interviennent auprès des jeunes et de leur famille.
Partie 1 — Contextualiser pour mieux comprendre
Dans une enquête menée auprès de 12 000 Canadiennes et Canadiens de 12 à 17 ans, 40 % ont déclaré des préoccupations ou des comportements problématiques liés à la nourriture (15). Les comportements alimentaires qualifiés de « problématiques » se caractérisent par une perturbation du rapport à l’alimentation et incluent, sans s’y limiter, l’alimentation émotionnelle, les diètes restrictives, le fait de sauter des repas, ainsi que les préoccupations liées au poids ou à l’alimentation. Ces comportements peuvent avoir des répercussions à long terme sur la santé (16, 17), notamment le développement de problèmes physiques (p. ex. : diabète de type 2 [18, 19], syndrome métabolique [20])et psychologiques (p. ex. : troubles alimentaires, dépressifs et anxieux [21-24]). Considérant que les comportements alimentaires problématiques des parents sont susceptibles d’être transmis à leurs enfants (25–27), il importe de mieux comprendre les facteurs qui façonnent cette transmission. À noter que ce ne sont pas tous les enfants vivant dans des familles touchées par un trouble alimentaire qui vont intérioriser ou reproduire ces comportements de la même manière ou au même degré de sévérité, ce qui souligne l’importance d’étudier comment ils se développent et se transmettent (ou non) au sein de la famille (14).
Les voies d’influence directe et indirecte
La transmission intergénérationnelle des comportements alimentaires peut s’opérer par deux principales voies d’influence : la voie directe et la voie indirecte. La prochaine section explore le rôle de ces influences parentales dans le développement du rapport à la nourriture chez les enfants.
La voie d’influence directe
L’influence directe désigne tout ce qu’un parent exprime explicitement à son enfant, notamment à travers des commentaires ciblant son poids, son apparence ou son alimentation. Cela inclut des remarques désobligeantes surle corps, des encouragements à perdre du poids ou encore des critiques sur les choix alimentaires et l’exercice physique (25, 26). Les commentaires des parents en lien avec l’alimentation ou l’apparence de leur enfant peuvent prendre des formes variées (26-29), par exemple : « Tu ne devrais pas manger autant, sinon tu vas grossir ! » ou encore « Wow, tu sembles avoir perdu du poids, ça te va bien ! ». Des données indiquent que 44 % des parents rapportent exprimer de tels commentaires liés au poids de leurs enfants (33). Bien que ces remarques soient souvent bien intentionnées, les recherches montrent que même lorsqu’elles sont perçues par l’enfant comme des encouragements, elles demeurent associées à une image corporelle négative et à des comportements alimentaires problématiques (26, 31). En effet, un enfant fréquemment exposé à ce type de remarques peut en venir à penser que sa valeur dépend de son apparence physique, ce qui peut renforcer l’idée que, pour être apprécié, il ou elle doit correspondre à un certain idéal corporel. Recevoir des compliments sur son poids peut engendrer une peur de prendre du poids, par crainte de décevoir son entourage ou de perdre cette approbation sociale gratifiante. En retour, cette peur peut inciter l’enfant à adopter des comportements alimentaires restrictifs (p. ex. : sauter des repas, suivre un régime strict) ou des comportements compensatoires (p. ex. : exercice excessif, vomissements). En somme, les commentaires sur le poids de l’enfant, qu’ils soient positifs ou négatifs, peuvent avoir des conséquences néfastes sur son rapport à l’alimentation et à son corps (29).
La voie d’influence indirecte
L’influence indirecte des parents englobe les pressions liées au poids et à l’apparence qu’ils véhiculent de manière implicite, sans cibler directement l’enfant (14, 32). Cela inclut notamment des remarques sur eux-mêmes : « Pas de gâteau pour moi, je suis au régime ! », ou sur d’autres personnes : « La voisine se laisse aller, elle a encore pris du poids ! ». Cette influence repose sur la théorie de l’apprentissage social, selon laquelle certains comportements s’acquièrent par l’observation (36). Puisque l’apprentissage par observation est facilité par le degré d’identification à autrui et que les parents sont des figures centrales dans le développement de l’enfant, des études montrent que les comportements alimentaires des parents sont fréquemment transmis de manière indirecte à leurs enfants (25, 35, 37). Par exemple, les filles dont la mère suit une diète amaigrissante sont plus susceptibles d’adopter, à leur tour, des pratiques malsaines de restriction et de contrôle du poids (36, 37). De plus, l’insatisfaction exprimée par les parents à l’égard de leur propre corps (p. ex.: commentaires négatifs enversson corps, passer beaucoup de temps devant le miroir, etc.) peut favoriser le développement de croyances problématiques chez leurs enfants (40). Ainsi, l’insatisfaction corporelle d’un parent peut influencer l’image corporelle de son enfant en renforçant l’intériorisation des préoccupations liées au poids et à l’apparence chez ce dernier.
La façon dont un parent parle des personnes de poids élevé est également susceptible d’influencer les croyances, attitudes et préoccupations de son enfant. Ce type de discours repose souvent sur des préjugés liés au poids, c’est-à-dire des jugements négatifs portés envers les personnes de poids élevé (41). Ces préjugés peuvent être internalisés par les enfants, compromettant ainsi le développement d’un rapport sain avec la nourriture et le corps (40, 41). En effet, l’exposition répétée à des conversations axées sur le poids a été associée à de nombreuses conséquences néfastes chez les jeunes, telles qu’une image corporelle négative, une faible estime de soi et l’adoption de comportements alimentaires problématiques (30, 39, 42, 43). Une étude menée auprès de 100 dyades mères-filles révèle que lorsque les mères et leurs filles s’engagent fréquemment dans des conversations axées sur le poids, le risque de symptômes de troubles alimentaires est significativement accru chez les filles (44). Ainsi, le degré d’implication d’un parent dans des conversations axées sur le poids peut contribuer à la transmission de comportements alimentaires problématiques, notamment par l’intériorisation des préjugés négatifs liés au poids (41). Ces préjugés sont ensuite susceptibles de perdurer jusqu’à l’âge adulte (46).
Il a été démontré que les préjugés liés au poids rapportés par des femmes adultes sont liés aux attitudes négatives de leurs mères envers les personnes de poids élevé, ainsi qu’à l’importance accordée par leurs mères à l’apparence physique (46). Ces résultats illustrent le rôle fondamental des parents dans la consolidation de croyances négatives liées à l’apparence, susceptibles d’affecter négativement le rapport à la nourriture chez leurs enfants.
En somme, les voies d’influence directe et indirecte sont deux mécanismes d’action par lesquels les comportements alimentaires peuvent se transmettre de génération en génération.
Différences sexuelles/genrées dans la transmission intergénérationnelle
La transmission intergénérationnelle des comportements alimentaires ne peut être comprise en dehors de son contexte : elle s’inscrit dans un cadre relationnel où le sexe/genre du parent et de l’enfant sont des caractéristiques centrales (45, 46). D’une part, des études montrent que la figure maternelle constitue un modèle particulièrement important dans la transmission d’attitudes, croyances et comportements reliés au corps et à la nourriture (10, 13, 14, 42). Par exemple, les adultes se souviennent plus souvent de critiques et d’encouragements à suivre un régime provenant de leur mère plutôt que de leur père (48). Les commentaires liés au poids, en particulier ceux émis par les mères, sont associés aux comportements alimentaires problématiques chez leurs filles [influence directe] (38). De plus, l’insatisfaction corporelle et les comportements alimentaires dysfonctionnels des mères sont associés à la recherche de la minceur et à l’insatisfaction corporelle chez leurs garçons [influence indirecte] (40). Bien que le contexte social au Québec tende de plus en plus à favoriser l’égalité en termes de rôles familiaux (49), certains stéréotypes de genre persistent : par exemple, les tâches domestiques et les responsabilités familiales sont encore largement assumées par les femmes (49, 50). Ainsi, on ne devrait pas conclure que les mères doivent être tenues responsables des difficultés alimentaires ou liées à l’image corporelle de leurs enfants; plutôt, comme elles jouent un rôle majeur dans la socialisation des enfants, notamment dans la transmission des habitudes, valeurs et normes entourant l’alimentation, il est possible que leur influence s’y manifeste plus fortement.

D’autre part, des recherches suggèrent une transmission plus marquée des comportements alimentaires au sein des dyades de même sexe/genre (10, 27, 38). Les filles seraient ainsi particulièrement susceptibles d’intérioriser les commentaires de leur mère sur le poids et l’alimentation, notamment car les mères constituent typiquement l’un des principaux modèles de féminité durant l’enfance (51, 52). En comparaison aux garçons, on observe chez les filles une plus grande internalisation des critiques directes liées à l’apparence émises par leur mère (53, 54). En revanche, les garçons rapportent percevoir davantage d’attitudes et comportements alimentaires problématiques chez leur père que chez leur mère (27, 54). Ces résultats pourraient s’expliquer par une plus grande identification de l’enfant à son parent du même sexe/genre, processus susceptible de favoriser l’intériorisation des attitudes de ce parent et la reproduction de ses comportements (55-57). Il est cependant important de nuancer ce constat, puisqu’il ne s’applique pas nécessairement à toutes les configurations familiales, notamment monoparentales, homoparentales ou pluriparentales, ni à tous les contextes socioculturels (58, 59).
En somme, il existe des différences dans la transmission intergénérationnelle des comportements alimentaires en fonction du sexe/genre du parent et de celui de l’enfant. Toutefois, les résultats des recherches portant sur les différences sexuelles/genrées dans cette transmission demeurent hétérogènes: certaines appuient le rôle prépondérant de la figure maternelle (48), d’autres montrent une vulnérabilité accrue chez les filles (4) ou au sein de certaines dyades (27, 42, 60). Ces résultats mixtes soulignent la nécessité d’études supplémentaires pour mieux cerner ces influences. Il est également important de garder en tête que les travaux sur la transmission intergénérationnelle se sont majoritairement centrés sur des configurations familiales hétéronormatives (c.-à-d., un père et une mère) et ont largement mis l’emphase sur le rôle des mères, souvent perçues comme les principales figures d’influence en matière d’alimentation et de poids (42, 44, 61). Or, il existe une multitude d’autres réalités familiales qui, n’étant pas étudiées, documentées ou reconnues, sont passées sous silence. Il importe que les études futures adoptent une perspective plus large et inclusive, en explorant la dynamique familiale dans son ensemble plutôt que de focaliser sur un seul parent, dans l’espoir de contribuer à une compréhension approfondie de cette transmission intergénérationnelle multifactorielle.

Facteurs de protection
Plusieurs études suggèrent que certains facteurs individuels peuvent freiner la transmission des comportements alimentaires problématiques au sein des familles. L’un de ces facteurs est le fait d’avoir une vision fonctionnelle de son corps, c’est-à-dire une tendance à percevoir son corps avant tout pour ses capacités plutôt que pour son apparence. En d’autres mots, il s’agit d’une perception dynamique du corps: celui-ci est vu non pas comme un objet à admirer, mais bien comme un vecteur d’épanouissement, de plaisir et d’accomplissement personnel. Cette vision fonctionnelle est associée à plusieurs bienfaits sur la santé mentale et physique, notamment le fait de manger de manière plus intuitive ainsi qu’une meilleure estime de soi (62, 63). Une autre caractéristique individuelle qui semble jouer un rôle protecteur est l’endossement de valeurs féministes, soit la croyance à l’égalité, la solidarité et le respect entre les sexes/genres. Les personnes qui adhèrent davantage à ces valeurs tendent à avoir une image corporelle plus positive et à adopter moins de comportements alimentaires problématiques (65). De plus, les valeurs féministes semblent favoriser des discours corporels plus positifs entre les mères et les filles, contribuant ainsi à réduire le risque de trouble alimentaire (66).
Au-delà des caractéristiques individuelles, le partage des repas en famille a été identifié comme un élément protecteur, notamment quant au développement de troubles alimentaires (28, 66, 67). Le fait de partager fréquemment des repas en famille est associé à un bien-être plus élevé, ainsi qu’une plus faible occurrence de comportements nuisibles à la santé, tels que la consommation d’alcool ou de tabac, les comportements boulimiques et les risques de prise ou de perte de poids excessives (68, 69). De surcroît, la qualité de ces moments serait plus importante que leur fréquence : une meilleure qualité du climat émotionnel lors des repas familiaux est associée à de meilleurs apports nutritifs chez les parents et les enfants, à une diminution des problèmes émotionnels et relationnels chez les enfants, ainsi qu’à une diminution du chaos familial 18 mois plus tard (71). Ces expériences positives de repas en famille à l’adolescence semblent perdurer à long terme, puisqu’elles s’inscrivent dans une tradition susceptible d’être reproduite lorsque ces jeunes deviennent parents à leur tour (72). Enfin, ces bienfaits ont été documentés tant chez les enfants, les adolescentes et adolescents que les adultes, ce qui souligne l’importance du partage des repas familiaux de qualité à travers différentes périodes de la vie (72-75).
Partie 2 — Pistes de réflexion pour mieux intervenir
À la lumière des connaissances entourant la transmission intergénérationnelle des comportements alimentaires présentées en première partie, cette deuxième section vise à offrir des pistes de réflexion afin d’outiller les diététistes-nutritionnistes qui ont à intervenir auprès des familles. Des cibles d’intervention et actions concrètes sont proposées, dans l’optique de favoriser la transmission d’une relation positive à l’alimentation d’une génération à l’autre.
Chez les parents : freiner la transmission de comportements alimentaires problématiques et encourager la transmission de comportements positifs
Un levier d’intervention pertinent consiste à encourager les parents à impliquer leurs enfants dans les activités quotidiennes liées à la nourriture (77). Le modèle du partage des responsabilités, développé par la nutritionniste Ellyn Satter (78), propose que les parents déterminent le menu ainsi que le cadre du repas (p. ex. : l’heure, le lieu), des décisions qui peuvent être prises en collaboration avec les enfants. Quant à eux, les enfants sont responsables de déterminer la quantité de nourriture qu’ils mangent. Ce partage des responsabilités, adaptées à l’âge de l’enfant, permet à ce dernier de développer son autonomie et l’encourage à respecter ses signaux de faim et de satiété (78). L’idée du respect de ces signaux découle des principes de l’alimentation intuitive, un style alimentaire associé positivement à la santé physique et psychologique (79). Par exemple, l’adoption d’une alimentation intuitive est associée à une alimentation plus diversifiée (80) et à moins d’insatisfaction corporelle (81). De plus, impliquer les enfants dans la préparation des repas représente également une occasion pour eux d’explorer de nouveaux aliments, de diversifier leurs préférences alimentaires et d’expérimenter de nouvelles recettes. Ces moments partagés en famille contribuent au développement cognitif et moteur des enfants, tout en favorisant l’acquisition d’une relation saine avec la nourriture dès le jeune âge (69). En somme, sensibiliser les parents à l’importance d’impliquer leurs enfants dans des activités liées à l’alimentation constitue un levier prometteur pour favoriser des comportements alimentaires positifs et durables.
Ensuite, les nutritionnistes-diététistes pourraient recommander aux parents de privilégier des discussions qui ne font pas allusion au poids ou à l’apparence devant ou avec leurs enfants. En effet, il serait important de bonifier l’éducation des parents quant à la possible transmission de leurs attitudes et comportements liés à l’alimentation et au contrôle du poids (82). Par exemple, les parents bénéficieraient d’être sensibilisés au fait que de critiquer le corps de leur enfant est associé chez celui-ci à davantage de comportements alimentaires problématiques (p. ex. : manger compulsivement et secrètement) (83). De ce fait, il serait pertinent pour les diététistes-nutritionnistes de promouvoir des discussions orientées sur la santé globale et sur le bien-être, plutôt que sur le poids et l’apparence (84). Or, il est important de garder en tête que si l’enfant mentionne le désir d’avoir des conversations sur son poids avec ses parents et que ces derniers sont ouverts et bienveillants sur le sujet, ces conversations peuvent aider l’enfant à adopter une vision plus positive de son corps (85).
Certaines nuances méritent d’être apportées : les recherches qualitatives montrent que les parents sont généralement conscients de leurs propres enjeux alimentaires et de leurs effets sur leurs enfants, et ont développé des stratégies compensatoires dans l’optique de protéger ces derniers (85-88). Par exemple, plusieurs mères rapportent des difficultés liées à la planification des repas, certaines évoquant des mesures prises spécifiquement pour réduire le risque perçu que leurs enfants adoptent des comportements alimentaires problématiques (90). Par ailleurs, plusieurs parents qui souffrent d’un trouble alimentaire rapportent ressentir de la culpabilité et un double-fardeau associé à ce trouble, c’est-à-dire qu’il représente une charge à la fois pour l’individu et pour la famille (88, 89). En ce sens, il est crucial de mettre en place des dispositifs de soutien adéquats et spécialisés pour les parents vivant avec des difficultés liées à l’alimentation et leurs familles.

Chez les jeunes : promouvoir une relation positive à la nourriture et à son corps
La satisfaction corporelle est un aspect important à considérer pour les diététistes-nutritionnistes, car elle influence fortement les comportements alimentaires, en particulier à l’adolescence (91). Orienter les jeunes vers des ressources pour les aider à cultiver une image corporelle plus positive pourrait contribuer à une relation plus équilibrée avec la nourriture. Afin d’aider les jeunes et leur famille, les diététistes-nutritionnistes peuvent, par exemple, les diriger vers des ressources en ligne qui encouragent une perception positive du corps, valorisent la diversité corporelle et font la promotion du bien-être plutôt que du contrôle du poids (92). Dans une démarche de prévention, les diététistes-nutritionnistes peuvent également diriger les jeunes et leur famille vers des organismes spécialisés en troubles alimentaires (92, 93). De plus, une utilisation importante des médias sociaux est un facteur associé à l’insatisfaction corporelle (95). Comme les médiaux sociaux font partie intégrante du quotidien des jeunes, il serait pertinent de sensibiliser ces derniers à l’impact que les réseaux sociaux peuvent avoir sur leur image corporelle et leur comportement alimentaire. Sensibiliser les parents aux effets des réseaux sociaux sur l’image corporelle pourrait également permettre de générer des discussions en famille sur ces enjeux, favorisant ainsi la réflexion et le développement d’un regard critique chez les jeunes.
Finalement, les jeunes et leur famille bénéficieraient d’une éducation à la saine alimentation qui va bien au-delà des considérations du poids et de la quantité et qualité des aliments consommés (90). En effet, il serait pertinent de valoriser la conception des repas comme des moments conviviaux et sociaux, de soutenir les parents dans la planification des repas ainsi que d’aborder davantage les principes de l’alimentation intuitive et l’importance d’une vision bienveillante de son corps (92). Ces thématiques gagneraient à être intégrées dans les interventions des personnes professionnelles en nutrition, puisqu’elles permettent d’aborder l’alimentation sous un angle global, en tenant compte de ses dimensions psychosociales.
Conclusion
Les comportements alimentaires des parents peuvent être transmis à leurs enfants de différentes manières, que ce soit par voie directe ou indirecte (96). Cette transmission familiale peut exposer les jeunes à certaines difficultés liées à l’alimentation et à l’image corporelle, telles l’insatisfaction corporelle ou l’adoption de comportements alimentaires problématiques. Néanmoins, les enfants et les adolescentes et adolescents ne sont pas condamnés à reproduire ces enjeux; certains mécanismes protecteurs peuvent contribuer à briser ce cycle. Il s’avère important de sensibiliser et soutenir les parents quant aux facteurs protecteurs qu’ils peuvent mettre en place pour freiner la transmission de leurs propres perceptions et enjeux alimentaires à la génération suivante, par exemple, en parlant de leur propre corps avec respect et bienveillance. Par ailleurs, des interventions axées sur une image corporelle positive et une approche globale de l’alimentation saine, qui tient compte de la quantité et de la qualité des aliments consommés, mais aussi du plaisir de manger et du contexte social des repas, devraient être privilégiées auprès des jeunes afin de mieux les accompagner et les outiller.
À propos des auteures

Camille Lavoie, B. Sc.,
Doctorante 1

Anne-Frédérique Tessier, B. Sc.,
Doctorante2

Audrée-Anne Dumas, Ph. D.,
Nutritionniste et professionnelle de recherche2,3

Noémie Carbonneau, Ph. D.,
Professeure2,3
Affiliations :
-
- Département de psychologie, Université du Québec à Montréal, 100, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, Québec, H2X 3P2, Canada.
- Département de psychologie, Université du Québec à Trois-Rivières, 3351, des Forges, Trois-Rivières, Québec, G8Z 4M3, Canada.
- Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), Université Laval, 2440, boulevard Hochelaga, Québec, G1V 0A6,
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