Le 2 juin 2025, l’Ordre des diététistes‑nutritionnistes du Québec (ODNQ) a été entendu à titre de témoin-expert par le coroner Me Dave Kimpton durant l’enquête publique sur le décès de Normand Meunier, survenu le 29 mars 2024. L’histoire de M. Meunier, un camionneur blessé médullaire ayant demandé l’aide médicale à mourir après avoir développé de graves plaies de pression au cours d’un séjour hospitalier, a profondément touchée le public québécois.

Le Rapport d’enquête publique, publié le 25 novembre 2025 par le Bureau du coroner, met en lumière que des tragédies humaines émergent lorsque plusieurs défaillances s’additionnent dans le continuum de soins. Il rappelle la nécessité de poursuivre l’amélioration continue de nos pratiques cliniques et de nos mécanismes de prévention.

Plaies de pression : le rôle essentiel de la nutrition

Le rapport cite l’importance d’une intervention nutritionnelle précoce et soutenue, entre autres lors des transitions entre les services ou les épisodes de soins, pour prévenir et traiter les plaies de pression. Il rappelle aussi que la dénutrition peut exister dans un corps gros, une situation à laquelle l’équipe soignante doit être davantage sensibilisée pour mieux la dépister. Le coroner écrit :

« Il en va de même pour l’implication de la nutritionniste dont la sollicitation aurait pu être plus précoce et soutenue même en dehors des séjours hospitaliers en 2023 et 2024 afin de dépister et soutenir une dénutrition (contribuant à l’évolution défavorable des plaies) masquée par la morphologie de M. Meunier. Mme Joëlle Emond, présidente de l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec, a d’ailleurs bien démontré le manque de connaissance du rôle de ce professionnel et de la pertinence d’intégrer son expertise dans la prise en charge de toute plaie de pression. »

Ces constats dépassent le seul cas des plaies de pression et rappellent un enjeu beaucoup plus large : la dénutrition, parfois masquée par un surpoids, demeure sous-dépistée malgré ses effets majeurs sur l’évolution clinique de plusieurs usagères et usagers du réseau de la santé.

Lors de son témoignage, l’ODNQ a notamment exposé la relation bidirectionnelle entre la dénutrition et les plaies de pression :

  • La dénutrition est le principal facteur d’incidence d’une plaie de pression et un facteur de risque pouvant freiner sa guérison.
  • À l’inverse, la présence d’une plaie de pression augmente les besoins nutritionnels et peut causer la dénutrition.

Le dépistage de la dénutrition dans les premières 24 heures et l’intervention nutritionnelle précoce permettent notamment de :

  • réduire les complications liées aux plaies,
  • diminuer le risque d’infections,
  • prévenir l’hospitalisation ou en écourter la durée,
  • réduire la mortalité.

Recommandations formulées par l’ODNQ lors de l’enquête publique

  1. Mise en œuvre du dépistage systématique de la malnutrition, à l’aide de la Norme nationale canadienne Prévention, détection et traitement de la malnutrition (HSO, 2021) et d’outils validés.
  2. Intégration de l’évaluation nutritionnelle dès le début de toute prise en charge de plaies de pression.
  3. Renforcement de la formation et de la sensibilisation des équipes soignantes aux impacts majeurs de la malnutrition.
  4. Assurance d’une continuité du suivi nutritionnel au retour à domicile.
  5. Outillage des usagers et de leurs proches afin de soutenir la surveillance de l’état nutritionnel.
  6. Actualisation des indicateurs de performance en nutrition pour guider une gestion cohérente dans les établissements.

Protéger le public de la dénutrition dans nos établissements de soins

Les données du Groupe de travail canadien sur la malnutrition démontrent que la malnutrition est très présente dans le réseau de la santé et qu’elle demeure un risque après le retour à domicile, particulièrement chez les personnes âgées de 65 ans et plus. La vigilance nutritionnelle doit donc s’étendre au-delà de l’hospitalisation et inclure la transition vers la communauté.

Pistes de solution et actions de l’ODNQ

Les conclusions du coroner réaffirment l’importance d’une vision commune et cohérente au sein des équipes de soins. L’ODNQ entend poursuivre son leadership en matière de sensibilisation, d’accompagnement et de diffusion des meilleures pratiques, professionnelles, afin que la dénutrition soit repérée à temps et prise en charge de manière systématique.

Pour renforcer la sécurité des usagères et usagers, il sera essentiel de :

  • mieux connaître les rôles et compétences de chaque profession, dont ceux et celles des diététistes-nutritionnistes, au sein des équipes interdisciplinaires ;
  • optimiser la communication, tant entre les membres de l’équipe de soins qu’entre l’équipe et l’usagère ou l’usager et ses proches ;
  • optimiser les mécanismes de communication, entre les membres de l’équipe de soins interdisciplinaire, ainsi que la communication avec la patientèle et leurs proches ;
  • outiller le personnel professionnel et le publicles familles pour reconnaître rapidement les signes de dénutrition et intervenir de façon appropriée.

L’ODNQ réaffirme son engagement à soutenir les équipes et les familles, à créer des outils d’information adaptés et à contribuer activement à la prévention de la dénutrition, dans l’intérêt de la sécurité et du bien-être du public. Il remercie les diététistes-nutritionnistes qui ont apporté leur expertise à la préparation du témoignage présenté lors de l’audience publique par le partage de leur expertise.

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